
In Memoriam
Cette page est dédiée à la mémoire de nos collègues professeurs et médecins, dont les travaux et l'enseignement continuent d'inspirer les nouvelles générations de praticiens.
Hommage au
Professeur Michel Dehan

Dr Jean-Louis Chabernaud
Michel Dehan est arrivé comme chef de clinique en 1973 à l’hôpital Antoine-Béclère de Clamart (AP-HP) dans le service du service de néonatalogie et de réanimation néonatale alors dirigé par le Pr Jean-Claude Gabilan. Il a ensuite été chef de service de 1995 à 2005.
Le Pr Michel Dehan a consacré sa vie à la médecine périnatale, tout particulièrement à la réanimation néonatale et à la grande prématurité. C’était un clinicien rigoureux et un organisateur très efficace, attentif à tous les membres de son équipe, inspirant la confiance et le respect de chacun. Il a toujours fait cohabiter dans son service le soin et la recherche : mieux comprendre et mieux s’organiser pour mieux soigner. C’était également un homme de convictions et un humaniste, respectueux du nouveau-né et de sa famille, ainsi que des différentes cultures. Il a ainsi poussé le législateur à faire reconnaitre les enfants morts-nés avant l’âge de viabilité.
Son rôle a été majeur aux côtés des obstétriciens (Prs E. Papiernik et R Frydman), dans la mise en place des plans de périnatalité successifs, surtout celui de 1994 qui débouchera sur la régionalisation des soins périnatals avec les 3 types de maternité et en 1998 à la publication des décrets périnatalité qui sont toujours en vigueur…puis sa participation le Plan périnatalité de 2005-2007 (Humanité, proximité, sécurité, qualité) et la mise en place des réseaux périnatals.
Il a fait partie des pionniers qui se sont impliqués avec passion dans tous les grands domaines de la néonatalogie et des soins critiques néonatals dans notre pays :
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prise en charge du nouveau-né en salle de naissance et des détresses respiratoire (MMH, surfactant exogène, VNI, HTAP, NOi,…) de la dysplasie broncho-pulmonaire avec Thierry Lacaze, Bernard Thébaud et Olivier Baud.
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problématique de la grande prématurité (rapport INSERM, 1997) et grandes enquêtes françaises nationales : Epipage 1 (1997) et 2 (2011),
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premiers aspects éthiques avec le GENEUP (publication dans les Arch Ped en 1986) et développement des soins palliatifs néonatals (2005-2010) avec le Dr JC Ropert,
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asphyxie périnatale et prise en charge par hypothermie thérapeutique (2007) et les recommandations de la SFN en 2010
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confort et douleur chez le nouveau-né : élaboration de l’échelle EDIN en (Pr Thierry Debillon et Dr Véronique Zupan),
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création de la première unité « kangourous » mères-enfants en France, début de la pédiatrie de maternité (années 90 avec la Dr Michèle Vial) et des niveaux de soins en néonatalogie,
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suivi des nouveau-nés vulnérables (Dr Véronique Zupan) à l’hôpital et en ambulatoire,
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premières psychologues et psychiatre dans l’unité de réanimation néonatale à la fin des années 80,
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ouverture aux familles, accueil, information des parents,
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rôle fédérateur en Ile de France au sein du GENEUP (depuis 1975), puis du GENIF jusqu’en 2007.
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II a contribué avec toute son équipe (en particulier le Dr Elisabeth Briand) à modifier la prise en charge des parents touchés par le drame du décès inattendu d’un nourrisson (MIN), à créer des centres de référence régionaux (1987), puis à la proposition d’une prévention par le couchage sur le dos à partir de 1994.
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Il a également été l’artisan de l’ouverture, en octobre 1977, à Antoine Béclère de la 2ème équipe de transport néonatal (SMUR pédiatrique) d’Ile de France (la première avait été créée par le SAMU 93 à Montreuil en 1976). Cette antenne du SAMU 92 de Raymond Poincaré à Garches, a été dirigée pendant 6 ans par le Dr Jean-Pierre Gautier, puis le Dr Jean-Louis Chabernaud en a été le responsable médical de 1983 à 2016. Michel Dehan a contribué à structurer l’organisation du réseau régional de l’Inter-SMUR d’île de France (4 équipes) à partir de 1980, puis en 1988 avec 5 équipes à l'ouverture du SMUR pédiatrique de Robert Debré (Pr François Beaufils et Noella Lodé).
Il a aussi beaucoup oeuvré au niveau de la région (Ile de France) et national comme représentant de la SFN (CNP de pédiatrie) et enseignant en néonatalogie : stages intensifs et DU de pédiatrie de maternité A (Béclère/Bicêtre).
Dr Jean-Louis CHABERNAUD
Pédiatre-réanimateur, ancien responsable du SMUR pédiatrique de Clamart
Hôpital Antoine-Béclère, AP-HP. Université Paris Saclay
Conseiller médical à la Délégation aux Relations Internationales (AP-HP)
CNP de Pédiatrie
Hommage au Professeur
Pierre LEQUIEN (1938-2012)

Pr Laurent STORME
Clinique de Médecine néonatale
CHU de Lille
Le Professeur Pierre Lequien est décédé le 15 Novembre 2012 au terme d’une vie exceptionnellement active. Sa disparition à l’âge de 74 ans a créé une profonde émotion dans le monde de la périnatologie française, dont il fût un pionnier enthousiaste et infatigable.
Pierre Lequien a été nommé interne des hôpitaux de Lille en 1962, Docteur en Médecine en 1969, puis chef de clinique de 1970 à 1975. Il devient alors Professeur agrégé de Pédiatrie en 1975, Chef de Service de la Médecine Néonatale en 1982, et Coordonnateur de la Clinique de Gynécologie - Obstétrique - Néonatologie de l’Hôpital Jeanne de Flandre en 2001. Ce curriculum vitae déjà impressionnant n’est pourtant qu’un pâle reflet de ce qu’a été sa carrière. Je cite quelques épisodes dont il m’a parlé et qui témoignent d’un parcours particulièrement éclectique. A la fin de sa formation, Pierre Lequien a été le seul médecin pendant plusieurs mois d’une île perdue des Caraïbes (L’île « Coco »). Il a passé une partie de son Clinicat en Physiologie Expérimentale dont il a gardé une expertise prononcée pour la Recherche. Il a voyagé en pirogue et appris la langue espagnole pour mettre en place un partenariat universitaire au Venezuela. Plus récemment, il s’est impliqué dans la création du Laboratoire de Recherche Préclinique en Médecine Périnatale à Faculté de Médecine de Lille après un séjour avec le Professeur François-René Pruvot et moi-même dans le Laboratoire du Professeur Steven Abman, à Denver, Colorado pour apprendre la technique de la chirurgie fœtale expérimentale.
Les résultats de ses actions ont été remarquables. A la suite du Professeur Alexandre Minkowski, et avec ses nombreux collègues et amis dont les Professeurs Michel Dehan, Guy Moriette, Jean Laugier, et Paul Vert, il a largement contribué au développement de la médecine néonatale dans notre pays. Il a participé à la mise en place des Groupes d’Etude en Néonatologie (GEN), puis de la Fédération Nationale des GEN, et enfin de la Société Française de Néonatologie. Les Journées Francophones de Recherche en Néonatalogie ont été créées avec son appui. Convaincu qu’un des enjeux essentiels du devenir des nouveau-nés est lié au partage d’expériences entre Obstétriciens et Néonatologistes, il s'investit dans la Médecine Périnatale. Le Duo efficace et solide, formé avec le Professeur Francis Puech, est cité comme exemple dans les maternités.
En 2008, la nouvelle Revue de Médecine Périnatale voit le jour sous sa houlette. Il a été à l’initiative des réseaux de périnatalité, et président du réseau de la métropole Lilloise. L’originalité de sa démarche a été de toujours chercher à élargir le champ des expertises au-delà de l’Obstétrique et de la Néonatologie, en associant étroitement à la communauté des périnatologistes, d’autres collègues comme par exemple le Professeur Françoise Molénat (Pédo-psychiatre), le Professeur Gérard Bréart (Epidémiologie Périnatale), ou le Dr Roger Vasseur (Médecin Rééducateur). C’est cette même ouverture d’esprit qui explique son désir de décloisonner la néonatologie hospitalière. Très tôt, il a montré les bénéfices d’un rapprochement avec la Pédiatrie Communautaire et Libérale. Il a été un des premiers à organiser le suivi et l’accompagnement des enfants prématurés et de leur famille en lien avec la PMI, les CAMPS et les Pédiatres Libéraux.
Dans son service, les parents étaient accueillis auprès de leur enfant autant le jour que la nuit à une époque où la plupart des unités de réanimation n’ouvraient leur porte que quelques heures par jour. Il a toujours souhaité faire entendre la parole des parents. Indiscutablement, le Professeur Pierre Lequien a été un des fondateurs de la Médecine Périnatale actuelle.
Il n’est pas possible d’être exhaustif sur ses réalisations. Je ne citerai que quelques-unes dont j’ai connaissance. Avec le Professeur Michel Delecour, il a porté le projet de rapprochement des deux Maternités Universitaires du Nord - Pas de Calais et le Service de Néonatologie dans l’hôpital Jeanne de Flandre. Sur le plan international, il a contribué jusqu’à ses derniers mois de vie, à l’aide technique en Argentine, au Liban, en Palestine, en Algérie, en Tunisie et au Maroc. Pays dans lesquels il a tissé des liens étroits d’amitié et de partage.
La rencontre avec Pierre Lequien ne laissait jamais indifférent. Son enthousiasme, son humour, sa voix, son immense culture, la facilité qu’il avait à trouver le mot juste, parfois provocateur captait son auditoire. L'empathie naturelle qu'il avait pour les familles et pour ses collaborateurs, nous a tous frappé. Petits détails du quotidien : il envoyait un bouquet de fleurs à chaque collaboratrice qui venait d’accoucher; il ne manquait jamais de rendre visite à ceux d’entre nous qui étions hospitalisés.
Nous sommes nombreux à avoir eu la chance d’avoir été l’élève du Professeur Lequien. Je profite de cet hommage pour exprime toute notre profonde gratitude. L’objet de notre reconnaissance ne se résume pas à ce qu’il a fait. Si je disais qu’il était simple de travailler avec lui, je crois que je ferais sourire ceux qui l’ont côtoyé de près.
En réalité, notre gratitude porte bien plus sur ce qu’il nous a légué. Monsieur Lequien nous a transmis le sens de l’accueil : l’accueil des familles, des internes, des nouvelles puéricultrices, des médecins en formation ou de passage. Je me souviens d’une multitude de détails qui m’ont marqués, comme ce premier geste à la 1ère heure de notre arrivée lors de l’ouverture de l’hôpital Jeanne de Flandre : il a en tout premier serré la main de l’agent administratif avec qui il a fait connaissance. Geste particulièrement symbolique ! Un autre exemple marquant : lors de la première rencontre avec les nouveaux internes du Service, les 2 premiers messages qu’il leur délivrait était : « Ecoutez les parents, ils ont tout à vous apprendre ! » ; « Respectez tous les collaborateurs du Service, qu’il soit soignant ou non soignant ». Grâce à ce sens de l’autre, et à son sens de l’accueil, il a su construire un formidable réseau d’amitiés et d’entraide. Tous ces liens tissés au fils des années, que ce soit à l’hôpital ou à l’extérieur de l’hôpital, sont un patrimoine inestimable.
Il nous a transmis sa vision de la médecine du nouveau-né : elle consiste en une prise en charge globale et indissociable de l’enfant et de sa famille. Il a formé ses collaborateurs à tous les aspects de la médecine néonatale, que ce soit aux soins les plus techniques de réanimation jusqu'à tous les aspects de la pédiatrie sociale et de la santé publique.
Il nous a appris comment maîtriser ou comment faire face aux situations les plus inextricables. Je l’entends dire : « Il n’y a pas de problème, il n’y a que des solutions ». Et si vraiment, il n’y avait pas de solutions, souvenez-vous : « Quand les choses nous échappent, feignons de les avoir voulu ! » Nous lui sommes reconnaissants pour son dynamisme qui a mobilisé tous ceux qui ont eu la chance de le côtoyer.
Il a porté un nombre considérable de projets, dont beaucoup étaient des projets d’avant-gardes. Il a entraîné le Service dans un rythme qui n’a pas toujours été facile de suivre. Mais son enthousiasme a été un moteur puissant pour aller de l’avant. Nous nous souvenons tous de son humour, qui rend la vie plus belle ; de ses idées originales, surprenantes et pleines de bon sens; de son humanité et son sens de l’empathie ; enfin, de son éternelle jeunesse -comment faisait-il ?-. Je l’ai rencontré quelques semaines avant son décès : malgré la maladie, j’ai retrouvé chez lui cette énergie si contagieuse, si jeune que j’avais connu quelques années plus tôt. L’héritage du Professeur Lequien n’est pas morose, mais il est exigeant. Nous continuerons dans la voie de l’innovation. Mais il est clair que, sur ce point, sa jeunesse d’esprit va nous manquer.
L’annonce du décès du Professeur Lequien a profondément marqué ceux qui l’ont connu, comme en a témoigné le nombre de messages échangés à cette occasion. Un mail de Françoise Gonnaud résume admirablement le contenu de ces messages :
« Un grand homme nous quitte et nous laisse "orphelins": orphelin de sa vision avec toujours une longueur d'avance, orphelin de sa belle capacité à faire évoluer notre société la Société de Médecine Périnatale, orphelin de tout ce que chacun a retenu de ce qu'il représentait. Alors je fais un vœu pour nous tous : comme personne ne peut rassembler en lui seul toutes ses qualités extraordinaires (comme il le faisait si bien), le meilleur hommage que nous pourrions lui rendre serait de poursuivre ce chemin en maintenant ouverte toutes les portes qu'il a osé entrouvrir. Que chacun s'approprie une petite mission pour faire vivre cet héritage incontestable... Je veux bien prendre une petite partie : comme essayer d'oser dire tout haut ce que chacun peut penser tout bas....mais pas toute seule! Il le faisait si bien dans le respect de chacun mais pour faire progresser le groupe... »
Professeur Laurent STORME
Clinique de Médecine Néonatale
CHU de Lille
Hommage à Monsieur Daniel Unal

Dr Valérie Lacroze
8 juin 2021
Le Professeur Daniel Unal est décédé le 03 mai 2021 à l’âge de 87 ans
Après un début de carrière en néphrologie auprès du Pr Murisasco, il se consacre à la pédiatrie au sein de l’Assistance Publique des Hôpitaux de Marseille
Sous l’égide des Pr Carcassonne et Bernard, il crée en 1969, l’unité de réanimation pédiatrique au CHU Nord où il développe la ventilation mécanique de l’enfant.
En 1974, ouvre et dirige l’unité de réanimation pédiatrique de l’hôpital d’enfant du CHU Timone.
Il dédie ensuite sa carrière essentiellement à la néonatologie en prenant, en 1989, la responsabilité du service de Néonatologie du CHU Timone et de la maternité de la Belle de Mai. Dès cette date, il développe, dans les maternités publiques de Marseille, l’application prophylactique d’une pression positive continue dès la naissance afin de prévenir et traiter précocement les troubles respiratoires de l’enfant né prématuré. Par la suite, il s’investit de façon très importante à la diffusion de cette prise en charge dans différentes maternités de la ville et de la région. Cette approche, devenue maintenant un standard de soins, était à l’époque non reconnue. En 1994, il inaugure au sein du service de Néonatologie une unité de réanimation médicale dédiée au nouveau-né, la « Réanimation Cassoute » en hommage au pédiatre marseillais du même nom.
Il développe des interactions avec les services de Néonatologie de différentes villes sous forme de « DES-Day » : Grenoble (Pr Rambaud), Montpellier (Pr Bonnet) et Nice (Pr Boutte). Il prend également part à la formation, sur le terrain, des personnels de maternité dans le cadre du plan de Périnatalité 1995-2000.
C’était un enseignant reconnu : il a influencé plusieurs générations de pédiatres, qui, de nombreuses années plus tard, se réclament encore de sa formation. En plus de connaissances médicales exceptionnelles, d’un souci constant d’être au plus près de la physiologie, de la volonté permanente d’éviter ou de limiter les gestes potentiellement dangereux, sa probité et son humilité intellectuelle forçaient le respect. Sa démarche de soins basée sur le travail intellectuel mais surtout la présence au lit du patient resteront pour nous tous un modèle.
Dr Valérie LACROZE
Médecine Néonatale
Marseille
Hommage à Monsieur Jean Laugier

Pr Elie Saliba
mars 2021
Pour l’hôpital pédiatrique de Tours , Mr Laugier était porteur d’une vision et d’une ambition collective. Il a ainsi encouragé avec force les jeunes pédiatres à se former dans des surspécialités alors inexistantes.
Il a contribué ainsi à créer une véritable école de Pédiatrie en formant de nombreux élèves et a aidé plusieurs d’entre eux à accéder à un statut hospitalier ou hospitalo-universitaire.
Mr Laugier fut Président de la Commission Médicale du CHU de 1987 à 1995. Il a présidé la Conférence des présidents de CME des CHU de France de 1992 à 1995.
Elu au Conseil National des Universités, Mr Laugier a exercé en 1995 la présidence de la section pédiatrique pendant 8 ans. Cette fonction l’a conduit à rencontrer des jeunes pédiatres candidats à une fonction universitaire et dont beaucoup sont dans cette assemblée aujourd’hui. Devenus professeurs, plusieurs collègues ont souligné leur reconnaissance à Mr Laugier pour ses conseils avisés, son impartialité et pour sa bienveillance.
Mr Laugier a occupé plusieurs autres fonctions importantes. Il a été pendant 10 ans (1995-2005) le président de l’Association des Pédiatres de Langue Française ; dans cette fonction il a été en contact avec des collègues francophones en Europe, MO, Afrique et Canada avec lesquels il a gardé des liens fidèles
Après avoir cessé ses activités hospitalières et universitaires, Mr Laugier était toujours animé par un désir de servir les autres. En 2005, il s’engage aux côtés de la Croix-Rouge et devient Président de la Délégation Territoriale. son action a été déterminante dans plusieurs domaines : le Samu Social, les bénéficiaires de l’épicerie sociale, et le lancement de missions humanitaires au Liban et au Togo.
Mr Laugier restera dans nos mémoires comme un grand monsieur de la Pédiatrie, un homme d’action et de conviction au service de l’intérêt général, efficace, rigoureux, impartial, humain, bienveillant, et chaleureux. Nous nous rappelons les moments de convivialité partagés avec lui. Il nous manquera.
Je voudrais terminer cet hommage en exprimant au professeur Jean Laugier, au nom de ses élèves, ses amis et ses collègues, nos remerciements affectueux et reconnaissants. A sa famille notre affection et notre sympathie.
Professeur E SALIBA
Elève de Mr Laugier
Past president de la SFN
President European Association of Perinatal Medicine
Hommage à Jean Lavaud

Jean-Louis Chabernaud
13 janvier 2020
Notre ami et collègue Jean Lavaud, praticien hospitalier temps plein et responsable médical du SMUR pédiatrique de Necker (SAMU de Paris) jusqu’en 2008, est décédé brutalement le 25 décembre 2019.
Jean Lavaud était pédiatre-réanimateur et ancien chef de clinique de la réanimation pédiatrique du Pr Michel Cloup à l’hôpital Necker Enfants Malades (AP-HP) à Paris. Il avait créé et animé le premier SMUR pédiatrique du SAMU de Paris à partir de janvier 1980. C'est à cette même date qu’il avait contribué à mettre sur pied le Réseau inter-SMUR pédiatrique d'Ile de France, avec l'ensemble des autres équipes de SMUR pédiatriques déjà existantes de la région : Montreuil (SAMU 93, 1976), Clamart (SAMU 92, 1977), Argenteuil et Pontoise (SAMU 95) ainsi que Créteil (SAMU 94, années 80). Le deuxième SMUR pédiatrique de Paris, secondairement implanté dans l'hôpital Robert Debré, avait complété le dispositif en 1988.
Nous avons perdu un collègue et un ami. Nous avions pour beaucoup d’entre nous cotoyé Jean et collaboré avec lui pendant 30 à 40 ans, en Ile de France ou ailleurs. Jean a été un pionnier très actif, aussi bien dans le domaine de la périnatalité, en particulier de la prise en charge du nouveau-né en détresse vitale et du transport néonatal (SMUR pédiatrique) que dans le domaine des urgences pédiatriques ou de la prévention des pathologies accidentelles de l'enfant. Il fut d’ailleurs dans cette cause pour la sécurité des enfants de ce pays un véritable lanceur d'alerte avant l'heure.
Il publia tout au long de sa carrière jusqu'en 2008, avec son équipe ou avec les autres équipes de la région Ile de France, de nombreuses articles, livres et abstracts concernant ces différents aspects de la néonatalogie et de la pédiatrie d'urgence. Il fut en particulier l'initiateur de notre livre collectif intitulé "Réanimation et transport pédiatriques" qui fut publié chez Masson dès 1985 et réédité ensuite à plusieurs reprises jusqu'en 2004.
C'était un animateur d'équipe hors pair, très dynamique et chaleureux, un compagnon de route chaleureux et ouvert. Excellent pédagogue, il a formé et « coaché » de très nombreux CES de pédiatrie pendant des années. Il a été également très investi dans le cadre des plans Périnatalité nationaux dans la formation initiale des sages-femmes, des infirmières-puéricultrices et des internes de pédiatrie ainsi que dans la formation continue des personnels soignants, dans tout le pays, même après avoir pris sa retraite. Pour cela, il sillonnait, infatigable, les routes et prenait le train pour se rendre aux quatre coins de l’hexagone ou parfois l’avion pour les territoires et départements d’outre-mer.
Nous sommes très attristés.
Jean-Louis Chabernaud
Pédiatre-réanimateur, ancien responsable du SMUR pédiatrique de Clamart
Hôpital Antoine-Béclère, AP-HP. Université Paris Saclay
Conseiller médical à la Délégation aux Relations Internationales (AP-HP)
CNP de Pédiatrie
Hommage à Madame Amiel-Tison

Julie GOSSELIN, Ph.D
mars 2014
Claudine AMIEL-TISON, grande dame de la néonatologie française et personnalité de renommée internationale, est décédée le 7 décembre 2013 à Paris.
Elle laisse un héritage scientifique exceptionnel à l'issue d'une longue et prolifique carrière ayant donné lieu à plus de 150 articles, une dizaine de livres et plusieurs chapitres dans les principaux ouvrages de référence en néonatalogie et neurologie du développement.Après une formation pédiatrique complétée par un séjour d'un an à la Columbia University à New York, elle amorce ses premiers travaux de recherche en 1962 dans les services et unités de recherche des maternités Baudelocque et Port-Royal. Elle s'intéresse alors aux techniques modernes de réanimation dans le contrôle de la pathologie respiratoire du nouveau-né ; ces travaux constitueront le point de départ d'un ensemble d'études qu'elle mènera avec le souci constant d'améliorer la santé, le développement et la qualité de vie des enfants à risque de séquelles neurologiques.
Elle participe rapidement à de nombreux travaux avec des collaborateurs de la France et d'ailleurs incluant, entre autres, des études en psycholinguistique expérimentale (avec J Mehler du CNRS), en neurophysiologie (avec AG Pettigrew, University of Sydney et JA Eyre, University of Newcastle), en épidémiologie périnatale (avec A Stewart, U.C. London), en anesthésiologie (avec S Shnider, University of California San Francisco et G Barrrier, CHU Necker) et en neurologie du comportement (avec C Njiokiktjien d'Amsterdan). C'est néanmoins sa contribution à la conception de la méthode d'évaluation neurologique du nouveau-né et du jeune enfant qui restera gravée dans la mémoire de plusieurs générations de néonatalogistes, pédiatres, neurologues, sages-femmes et professionnels de la réadaptation. Ayant profité des enseignements de Saint-Anne Dargassies et d'Ajuriguerra, tous deux héritiers d'André Thomas, elle poursuit dans la même lignée en schématisant les étapes de la maturation neurologique chez le prématuré et le nourrisson. Une telle description s'avère essentielle pour pouvoir ensuite identifier les signes et symptômes associés à un dommage cérébral chez le très jeune enfant.
Toutefois, leur caractère particulier et changeant avec le développement extrêmement rapide des premiers mois de vie pose certains défis. C'est en combinant des données anatomophysiopathologiques et cliniques qu'elle parvient à définir un cadre conceptuel original et cohérent qui fournira une base théorique solide pour les trois instruments d'évaluation 1-4 qu'elle conçoit : l'évaluation de la maturation chez le prématuré, 3-5 l'évaluation neurologique à terme et l'évaluation neurologique 4, 6-9 de 0 à 6 ans.
Son analyse patiente et sa grande rigueur lui permettent également de préciser des regroupements de signes neurocrâniens décrivant un réel spectrum de sévérité des anomalies neuromotrices à l'âge du terme ainsi que dans les deux premières années de vie. Ce spectrum, prédictif du devenir à long terme des nouveau-nés à risque, fournit des informations essentielles non seulement pour organiser le suivi et la prise en charge des populations de nouveau-nés à risque, mais aussi pour donner aux équipes périnatales une rétroaction sur la qualité de leurs soins.Les dernières années de sa vie auront principalement été consacrées à enseigner cette méthode d'évaluation et à soutenir différentes équipes interdisciplinaires, tant en Europe qu'en Amérique et en Asie, dans leurs efforts d'implantation d'un suivi systématique des enfants à risque de séquelles neurologiques. Ses enseignements, d'une clarté hors du commun, ont toujours été empreints d'un profond respect pour l'auditoire et d'un engagement soutenu dans l'amélioration des services dédiés aux enfants ayant des problèmes de développement et à leurs familles.
Au-delà de son héritage scientifique, Claudine Amiel-Tison aura légué, par son exemple, un rare sens de l'effort et du dépassement ainsi qu'une détermination sans bornes et une grande générosité. À travers l'ensemble de ses activités, elle aura su constituer une réelle communauté de pratique internationale bien vivante qui partage, aujourd'hui, un même sentiment de reconnaissance et le privilège de l'avoir connue non seulement pour sa contribution scientifique exceptionnelle, mais aussi pour son authenticité et les liens d'amitié tissés au fil des ans.
Julie GOSSELIN, erg. Ph.D.
- Professeur titulaire, École de réadaptation
- Faculté de médecine, Université de MontréalFrançoise LEBRUN, m.d.
- Pédiatre, praticienne hospitalière (Port-Royal)
Références :
-
Amiel-Tison C (1968). Neurologic evaluation of the maturity in newborn infants. Archives of Diseases in Childhood, 43 : 89-93.
-
Amiel-Tison C (2001). Clinical assessment of the infant nervous system. In Levene MI et al. (Eds). Fetal and Neonatal Neurology and Neurosurgery. 3rd ed (pp.99-120). London : Churchill Livingstone.
-
Amiel-Tison C (2005). Neurologie périnatale, 3e édition. Paris : Masson.
-
Amiel-Tison C,Gosselin J (2010). Pathologie neurologique périnatale et ses conséquences. Paris : Masson – Elsevier.
-
Amiel-Tison C (2002). Update of the Amiel-Tison neurologic assessment for the term neonate or at 40 weeks corrected age. Pediatric Neurology, 27: 196-212.
-
Amiel-Tison C (1976). A method for neurologic evaluation within the first year of life. Current Problems in Pediatrics : 1-50.
-
Amiel-Tison C, Stewart A (1989). Follow-up studies during the first five years of life : a pervasive assessment of neurologic alfunction. Archives of Diseases in Childhood, 64 : 496-502.
-
Amiel-Tison C, Gosselin J (1998). Développement neurologique de la naissance à 6 ans : répertoire technique et grille d'évaluation. Montréal : Service des publications, CHUME Ste-Justine.
-
Gosselin J, Amiel-Tison C (2007). Évaluation neurologique de la naissance à 6 ans. 2e édition. Montréal : Presses du CHUME Ste-Justine/ Paris : Masson.
Hommage au Pr Gilbert Huault

Pr Denis Devictor
octobre 2013
Gilbert Huault est décédé le 28 Août 2013 à l'âge de 82 ans.
Cet homme d'exception laisse à la Réanimation, la Néonatologie, la Pédiatrie, et à tous ceux qui l'ont côtoyé un héritage considérable.
Gilbert Huault a été élevé dans un climat de difficultés propice au travail acharné.
Quiconque le côtoie, reconnaît en lui un médecin qui ne s'accorde aucun repos et exige de son entourage un dévouement sans limite pour l'enfant. Sa manière d'enseigner est de montrer l'exemple : temps et énergie ne peuvent compter face à un enfant en détresse. Rigueur, discipline, intransigeance sont les premiers mots qui viennent à l'esprit. « Noblesse oblige » disait-il à celui qui osait se plaindre. Son école est celle du don de soi, de l'abnégation. Il est disponible jour et nuit, samedi-dimanche, vacances ou pas vacances, gardes ou pas gardes. Combien il était difficile de répondre aux exigences qu'il imposait, combien ses collaborateurs souffraient sous le fouet de son exemple, mais combien ils étaient fiers de compter parmi ses élèves et de mériter sa confiance. Cette rigueur a été le pilier fondateur de toutes les réanimations pédiatriques.
Le second mot qui le caractérise est humilité. Huault enseigne que tout travail est un travail d'équipe. Il apprend à ses collaborateurs à connaître leurs limites et à ne s'approprier un mérite qu'au travers le travail collectif. Le fonctionnement de son service est basé sur l'écoute de chacun. Cette humilité est si ancrée en lui qu'il rejette tous les honneurs. Enfin le mot d'humaniste complète ce tableau. Sa vie est fondée sur une indéfectible foi en l'homme. Toujours à l'écoute de la souffrance des enfants, de celle de leur famille, de son équipe médicale et paramédicale, il fait passer le message d'une rigueur dans le travail basée sur la compassion envers autrui.
Cet amour du prochain est à l'origine d'une de ses obsessions : il faut « avoir le corrigé du devoir». Il faut savoir ce que deviennent à long terme nos enfants. Sa hantise est de faire survivre un patient dont la vie, et celle de sa famille, sera sans joie et bâtie sur le malheur. En une boutade il définit la réanimation pédiatrique: « permettre aux enfants qui nous sont confiés de devenir un jour une grand-mère ou un grand-père dont la vie aura été heureuse».
Au cours de l'été 1963 se dessine un tournant décisif : G Huault prend en charge un nouveau-né présentant un tétanos ombilical. Pour la première fois, un nouveau-né est intubé et ventilé. L'enfant guérit après 5 semaines de travail acharné. Le pas est franchi : il vient de démontrer que la ventilation artificielle peut être utilisée chez le tout-petit. En 1964, le Pr Thieffry lui propose la responsabilité l'unité de réanimation de son service à Saint Vincent de Paul. Huault va se consacrer entièrement à cette tâche.
Fort de son expérience, il veut la faire partager dans un esprit fondamentalement pragmatique. C'est ainsi qu'en 1977, naît l'idée d'écrire un livre avec B Labrune. Cet ouvrage "Pédiatrie d'urgence", deviendra un livre de référence. Traduit en plusieurs langues, il sera le compagnon indispensable des pédiatres, généralistes et internes de garde.
Depuis sa retraite, en 1997, il continue de travailler tous les jours à la bibliothèque universitaire. Là encore il montre le chemin aux jeunes étudiants qui le côtoient. A plus de 80 ans il est toujours dans des combats d'avant-garde comme l'organisation du planning familial et la promotion de la médecine pour les plus démunis.
Pr Denis DEVICTOR